abel nicosdriou project

RECEPTION

w/ Lucie Lanzini. We-project, Bruxelles. 2011.

Lucie Lanzini nous convie.
La réception qui s’annonce n’est en rien festive. La célébration est d’un temps passé, le présent nous offre ses restes. Archéologies précaires d’un festin figé dans la matière : plateaux de tables, vaisselles et aliments gisent en blocs sur des plans métalliques. La concrétion des divers éléments dans le ciment est la marque d’une absence, celle de la matière originelle qui donnerait vie à l’ensemble. La scène n’en est pas moins dénuée d’une force évocatrice. Le regardeur déconstruit la matière pour en identifier ses formes composantes. Chaque objet est chargé de références, quelles soient culturelles ou fassent appel aux mythologies personnelles. Figer dans un temps comme suspendu, l’esprit se joue des détails. Le banquet dressé non loin nous fait lui aussi de l’œil. Son blanc immaculé captive autant qu’il intrigue. Rien ne semble s’imposer sur cette surface plane. Les plats ne sont plus mais leurs présences fantomatiques perdurent. Figures en creux, les objets laissent leurs empreintes en négatif à même le plateau. Désillusion suprême contre effort d’imagination, le regardeur affamé devra bien se nourrir ailleurs ou tout du moins autrement. À toute invitation répond un cadre, un décor dont le moindre ornement assiéra l’atmosphère. Étrangeté toujours, lorsque trois panneaux aux reflets gris perlés soulagent leurs massivités en s’appuyant contre les murs. Lambris en attente, leurs découpes intérieures aux orées moulurées donnent à voir… le mur sur lequel ils s’appuient. Impossible alors de se mirer dans ce qui semblait pouvoir offrir notre propre image en retour. La mèche rebelle attendra, le visage à repoudrer également. Narcisse sera quitte d’une comparaison peu flatteuse, les moulures dissimulant leurs affaissements sous un vernis aguicheur. À moins que nous ne soyons rattrapés par des bribes de moulures déchues d’un ovale imparfait sur le mur alentour. Et d’un coté, Marie-Louise… Non, il ne s’agit pas de notre hôte. Quoique nonchalamment appuyée sur le mur l’on pourrait aisément se figurer la pose déhanchée de la maîtresse de maison tentant de charmer ses invités. De stature humaine il n’est pourtant pas question, mais plutôt de cadres et de découpes. Évidée dans la masse, une planche en ronce de noyer présente une multitude de petites défonces. Chacune est finement cerclées sur la tranche intérieure d’un ruban en velours rouge. Point de photos de famille à découvrir, mais plutôt une invitation à passer de l’autre côté. À l’envers du décor, une surface unie dans une teinte claire évoque un potentiel socle posant le statut sculptural de l’objet. Tout salon d’apparat met en exergue les plus belles trouvailles de son propriétaire. Sur une base blanche s’érige un ensemble de formes identiques de tailles différentes en bois vernis. La possibilité de les empiler à la manière de poupées russes nous vient rapidement à l’esprit. Mais c’est à nouveau en appréhendant la face opposée que la possible utilité des objets se révèle. Ce qui semblait être un socle est en fait une commode. Les formes prises dans la masse évoquent des cloches de protection pour bibelots délicats. La forme globale qui en résulte nous transporte alors vers d’autres univers.

L’univers de Lucie Lanzini se construit autour de faux-semblants. D’une invitation naît le simulacre, l’ordre des choses s’en trouve bousculé. Sommes-nous les convives de cette réception, ou bien spectateur passif d’un évènement révolu ? La réponse n’est en rien figée, libre à chacun de se laisser porter de formes en formes.

Développé avec Berta.me